Skip to content

Foi Et Raison Dissertation Abstract

Notes

[1]

Cf. À Th. Burnett (30 octobre 1710), Die philosophischen Schriften (gp), Gerhardt, t. III, p. 321.

[2]

À Basnage (19 février 1706), gp III, p. 144.

[3]

Voir notre livre La Question du mal chez Leibniz. Fondements et élaboration de la Théodicée, Paris, Honoré Champion, 2008, p. 402-416.

[4]

Les notes sur Bayle, la lettre à Jaquelot du 6 octobre 1706 publiées par Grua in Textes inédits, puf, 1948, 1998, p. 62-68, ainsi que la lettre contemporaine à Basnage (citée supra) présentent les principaux arguments que l’on trouvera dans le Discours de la conformité de la foi avec la raison (dc).

[5]

Cf. dc, § 1, gf-Flammarion, p. 50 : « Je commence par la question préliminaire de la conformité de la foi avec la raison, et de l’usage de la philosophie dans la théologie, parce qu’elle a beaucoup d’influence sur la matière principale que nous allons traiter, et parce que M. Bayle l’y fait entrer partout. » Voir aussi Théodicée, § 1.

[6]

Que ce fidéisme soit réel ou prétendu ne change rien ici, puisqu’il montre à quoi est inévitablement réduit le chrétien lorsqu’il tire les conséquences de la foi qu’il embrasse.

[7]

Dictionnaire historique et critique (dhc), article « Manichéens », remarque D.

[8]

Continuation des Pensées diverses sur la comète (cpd), § LVI, Œuvres diverses (od), La Haye, 1727-1731, III, p. 265b.

[9]

Sämtliche Schriften und Briefe (A), Akademie Verlag, VI, 4-C, p. 2213.

[10]

Voir notamment Nouvelles lettres critiques (nlc), XVII, § 6, od II, p. 282b, à propos de l’établissement des sociétés.

[11]

« […] la morale naturelle n’est rien autre chose qu’une certaine lumière qui brille dans l’âme, par la force de laquelle il n’y a point d’homme qui ne reconnaisse les premiers principes généraux des mœurs […] Cette lumière naturelle par laquelle nous approuvons les principes des mœurs est appelée conscience […] » (Système abrégé de philosophie, Morale, od IV, p. 260a). La conscience est de l’ordre de l’instinct.

[12]

« […] on pourrait très justement définir le principe qui nous règle et qui nous domine, un amas de préjugés et de passions qui sait tirer des conséquences » (nlc XXII, § 8, od II, p. 328b).

[13]

Jean-Luc Solère rappelle très justement que le terme d’instinct, sous la plume de Bayle, ne doit pas être entendu au sens contemporain de la pulsion, mais renvoie simplement à des « croyances naturelles spontanées » (« Bayle et les apories de la raison humaine », in La Raison corrosive. Études sur la pensée critique de Pierre Bayle, réunies par Isabelle Delpla et Philippe de Robert, Paris, Honoré Champion, 2003, p. 105, note 67).

[14]

Cf. dhc, « Spinoza », rem. M.

[15]

dhc, « Beaulieu », rem. F.

[16]

Réponse aux questions d’un provincial (rqp), II, chap. XCIX, od III2, p. 702a.

[17]

Le troisième sens du terme de raison que l’on pourrait reconnaître chez Bayle.

[18]

dhc, « Bunel », rem. E.

[19]

Ibid., « Acosta », rem. G.

[20]

Entretiens de Maxime et de Thémiste (emt), I, chap. VII, od IV, p. 20a-b. Bayle ajoute : « Je pourrais alléguer d’autres exemples. » Gianluca Mori a cependant bien montré les limites de ce parallèle entre les apories de la théologie (la contradiction entre les principes de la raison et certains articles de la foi) et les apories de la raison humaine sur des questions de philosophie naturelle, où « […] l’antinomie de la raison concerne des axiomes dont l’évidence n’est pas incontestable, comme la définition cartésienne de la matière comme étendue » (Bayle philosophe, Paris, Honoré Champion, 1999, chap. I, p. 51). Sur les problèmes de la divisibilité, de l’étendue et du vide, voir aussi Jean-Luc Solère, « Scepticisme, métaphysique et morale : le cas Bayle », in Les « Éclaircissements » de Pierre Bayle, Édition des « Éclaircissements » du Dictionnaire historique et critique et études recueillies par Hubert Bost et Antony McKenna, Paris, Honoré Champion, 2010, p. 501-508.

[21]

À Jacob (29 mai 1681), Nouvelles lettres II, p. 135.

[22]

Cf. emt, I, chap. V, od IV, p. 16b.

[23]

Cf. Gianluca Mori, op. cit., p. 40.

[26]

Nouveaux essais sur l’entendement humain, IV, chap. XVII, § 1-3, gf-Flammarion, p. 375.

[28]

Cf. A, VI, 4-C, p. 2459.

[30]

Ainsi, la Trinité n’est pas contraire au principe qui pose que « deux choses qui sont les mêmes avec une troisième sont aussi les mêmes entre elles ». Car « lorsqu’on dit que le Père est Dieu, que le Fils est Dieu et que le Saint-Esprit est Dieu, et que cependant il n’y a qu’un Dieu, quoique ces trois personnes diffèrent entre elles, il faut juger que ce mot Dieu n’a pas la même signification au commencement et à la fin de cette expression. En effet, il signifie tantôt la substance divine, tantôt une personne de la divinité » (ibid. § 22, p. 65).

[31]

Cf. Théodicée, § 3, § 249.

[32]

« […] tout le monde convient que les mystères sont contre les apparences, et n’ont rien de vraisemblable, quand on ne les regarde que du côté de la raison ; mais il suffit qu’il n’y ait rien d’absurde » (dc, § 28, p. 68). Comme le remarque Michel Fichant, « c’est là la formulation leibnizienne de la définition de la foi donnée par saint Paul, Hébreux, XI, 1, qui devient, dans le latin de la Vulgate : Fides est argumentum rerum non apparentium » (« Vérité, foi et raison dans la Théodicée », in Paul Rateau (éd.), Lectures et interprétations des Essais de Théodicée de G. W. Leibniz, Studia Leibnitiana, Sonderheft n° 40, Franz Steiner Verlag, 2011, p. 256). Sur la conception leibnizienne du miracle, voir, dans le même volume, Frédéric de Buzon : « Les miracles dans la Théodicée : usage dogmatique et usage polémique », p. 263-281.

[34]

L’incompréhensibilité ne concerne pas seulement les mystères de la foi, mais aussi, en physique, certaines qualités sensibles ; cf. dc, § 5, § 41, § 54.

[35]

Cf. « Remarque de l’auteur du Système de l’harmonie préétablie sur un endroit des Mémoires de Trévoux de mars 1704 », gp VI, p. 595-596.

[36]

La question de la conformité de la foi avec la raison ne se pose évidemment que si l’on admet la Révélation. Elle se distingue de l’examen des raisons de croire. Il revient en effet aux théologiens d’apporter les « motifs de crédibilité » (dc, § 5) qui fondent la vérité de la religion, de façon que l’autorité de l’Écriture soit définitivement à l’abri de toute contestation devant le tribunal de la raison. Sans ces preuves qui ne donnent cependant qu’une certitude morale, rien ne permettrait de distinguer le christianisme des « fausses religions » (ibid., § 29). Les objections examinées dans la controverse ont donc trait au contenu du dogme (contradictoire, selon Bayle, avec les principes de la raison) et non à la légitimité de son fondement textuel (question supposée résolue).

[37]

« […] bien loin qu’un dogme combattu et convaincu [de fausseté] par la raison soit incompréhensible, l’on peut dire que rien n’est plus aisé à comprendre ni plus manifeste que son absurdité » (ibid., § 23, p. 66).

[38]

Ibid., § 5, p. 53 : « […] les preuves de la vérité de la religion, qui ne peuvent donner qu’une certitude morale, seraient balancées et même surmontées par des objections qui donneraient une certitude absolue, si elles étaient convaincantes et tout à fait démonstratives. »

[39]

Les règles d’un véritable art de la dispute sont exposées aux § 72-79.

[41]

Cf. ibid., § 60, p. 85.

[42]

rqp, II, chap. CLIX, od III2, p. 833a-b.

[43]

Ibid., chap. CLXVII, note x, p. 853b.

[45]

Cf. rqp, II, chap. CLIX, od III2, p. 833b ; emt, II, chap. XXXI, od IV, p. 91a-b.

[46]

Il n’est pas certain que la distinction entre fini et infini permette véritablement de surmonter la difficulté et de sauver l’univocité (comme le pense Jean-Luc Solère, in « Bayle et les apories de la raison humaine », op. cit., p. 91-93). La contradiction logique avec les principes et les notions de la raison humaine n’est en effet ni locale ni apparente. Si elle est bien réelle, elle ne saurait disparaître une fois rapportée à la raison divine, en passant simplement du fini à l’infini. Pour qui refuse l’équivocité, la différence du fini à l’infini ne consiste ici que dans le degré et ne change donc en rien la nature de la contradiction.

[49]

dhc, « Pauliciens », rem. E.

[50]

Sur ces deux volets de la Théodicée et les stratégies, arguments, preuves spécifiques que chacun met en œuvre, voir notre livre, op. cit., chap. V-VII.

[54]

rqp, II, chap. CLXI, od III2, p. 836b.

Epreuve corrigée du BAC L 2012 de philosophie

dissertation : Toute croyance est-elle contraire à la raison ?

 

Introduction

Par définition la croyance c'est avant tout l'attitude de l'esprit qui affirme quelque chose sans pouvoir en donner une preuve (synonyme d'opinion). Mais, en conséquence mais dans un champ plus spécifique c'est l'adhésion de l'esprit à des vérités qui ne sont pas connues par la raison (synonyme de foi).

En ce sens la croyance semble s'opposer radicalement à la raison, entendue comme  faculté de calculer, de raisonner,c'est-à-dire de combiner des concepts et des jugements, de déduire des conséquences et, en conséquence, de bien juger, de distinguer le vrai du faux, le bien du mal.

C'est pourquoi la science s'est construite avant tout contre la croyance et plus particulièrement en s'émancipant des dogmes de la foi religieuse mais aussi de celles de l'opinion. Pour autant on peut se demander jusqu'où va cette opposition et si la raison échappe totalement à la croyance.

Problématisation: Peut-il y avoir des croyances rationnelles, ou la croyance est-elle toujours contraire à la raison ?Faut-il réduire la croyance religieuse à une opinion irrationnelle ? Ne peut-on pas penser une croyance rationnelle qui permettrait par exemple de concilier foi et science ?

 

I La raison exclut-elle la croyance ?

I.1  L'émergence du discours rationnel passe par l'opposition à la croyance. Cf Allégorie de la caverne où Platon montre que le monde de la croyance c'est d'abord le monde de l'opinion (celui de l'expérience sensible première où nous croyons que le ciel est bleu, le soleil tourne autour de la Terre et que les espèces ont toujours existé telles qu'elles sont). Et l’opinion est assimilée à une prison pour deux raison :

    - sa relativité, son perpétuel devenir et sa multiplicité infinie d’objets dont il semble impossible de sortir et dont on ne peut finalement rien dire. Finalement tout discours est de ce fait impossible.

    - La croyance dans le sensible est liée au caractère corporel de l’homme. Ainsi  l’homme est conçu par Platon comme prisonnier de son corps, c’est-à-dire de ses désirs et de ses besoins Si l’homme est incapable de trouver le vrai c’est parce que son âme, son intellect, est entravé par la dictature du corps.

I.2  La croyance implique des relations sociales d'autorité et de soumission. Cfest ainsi que la validité de lfargumentation rationnelle est jugée sur des qualités internes et non sur le statut de lforateur. La question de la vérité est donc toujours éthique et politique parce qufelle engage ma personne et le rapport à autrui. Cette remarque nfest pas simplement théorique elle signifie que, concrètement, sans égalité de droit, sans information libre et sans école pour tous la vérité est nécessairement limitée. Historiquement : procès de Galilée est le symbole de cette relation conflictuelle entre raison et croyance dont les acteurs étaient en l’occurrence Galilée et le Saint-Office. Mais cette situation conflictuelle est déjà inscrite dans toute l’œuvre de Platon où plane la mort de Socrate, condamné injustement pour avoir osé incarné la raison contre la croyance.

I.3  Au contraire, le discours rationnel suppose une société dans laquelle les hommes puissent se confronter sur un pied d’égalité et non sur le terrain de  de la différence de statut ou de force. Même si les discours et les positions des interlocuteurs sont distincts le débat lui-même est fondé sur les même postulats. C’est-à-dire le savoir discursif et démontrable par opposition à toute forme d’irrationalité (force, croyance ou magie). → “L’autre de la vérité n’est pas l’erreur, mais la violence, le refus de la vérité, du sens, de la cohérence” Éric Weil, logique de la philosophie.

Ainsi chacun peut refaire par lui-même le parcours du Cogito de Descartes.

 

II La raison elle-même suppose une certaine forme de croyance

II.1 Tout d'abord l'existence ne serait pas possible sans croyance. Croire qu’il va pleuvoir alors que l’on voit des nuages arriver, ou parce que la météo l’a annoncé la veille, relève du bon sens. Plus encore au fondement même de notre rapport au réel il y a la croyance en l'existence du monde. Cf Méditations métaphysiques de Descartes : « Et comment est-ce que je pourrais nier que ces mains et ce corps-ci soient à moi ? si ce n'est peut-être que je me compare à ces insensés, de qui le cerveau est tellement troublé et offusqué par les noires vapeurs de la bile, qu'ils assurent constamment qu'ils sont des rois, lorsqu'ils sont très pauvres; qu'ils sont vêtus d'or et de pourpre, lorsqu'ils sont tout nus ».  

 

II.2 De plus la croyance n'est peut―être que l'autre nom de la raison. Hume, Traité de la nature humaine :«  La croyance (…) consiste non dans la nature ni dans l’ordre des idées, mais dans la manière dont nous les concevons et dont nous les sentons dans l’esprit. Je ne peux, je l’avoue, expliquer parfaitement ce sentiment, cette manière de concevoir. Nous pouvons employer des mots qui expriment quelque chose d’approchant. Mais son véritable nom, son nom propre, c’est croyance. Ce terme, chacun le comprend dans la vie courante. En philosophie nous ne pouvons rien faire de plus que d’affirmer que l’esprit sent quelque chose qui distingue les idées du jugement des fictions de l’imagination. Cela leur donne plus de force et d’influence, les fait apparaître de plus grande importance, et les constitue comme principes directeurs de toutes nos actions. »

Ici Hume définit la croyance qui est la propension de l’esprit à affirmer ce qu’il conçoit (lorsque je sais que 2 et 2 font 4 je dois aussi y croire). Il ajoute que ce caractère essentiel des croyances fait qu’elles ont un lien essentiel avec nos actions . La croyance produit une effectivité du comportement que la raison seule ne pourrait pas produir

II.3 Enfin au cœur de tout savoir constitué comme science il y a des croyances qui la fondent et sans lesquelles les sciences ne pueraient avancer. Tout chercheur ou enseignant en biologie n'a pas vérifié la théorie de l'évolution qui constitue néanmoins le paradigme (le cadre de pensée selon le concept développé par Thomas Kuhn) de sa pensée. De même chaque physicien accorde du crédit aux travaux de ses collègues sans les avoir lui-même vérifié.

Transition : Si le discours rationnel exige des preuves, des arguments et des démonstrations, il semble exclure tout ce qui est de l'ordre du préjugé, du présupposé, de l'opinion, de la foi, c'est-à-dire tout ce qui s'apparente à la croyance. On pourrait toutefois se demander si une croyance rationnelle n'est pas envisageable, et à quelles conditions.

 

III Qu'est-ce qu'une croyance rationnelle ?

III.1          Au fondement de toute rationalité il y a des principes que nous acceptons sans pouvoir les démontrer. Cf Pascal, Pensées :" Nous connaissons la vérité, non seulement par la raison, mais encore par le cœur ; c'est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes, et c'est en vain que le raisonnement, qui n'y a point de part, essaye des les combattre »

III.2          Selon Kant, il faut distinguer l'opinion et la foi : l'opinion porte sur un objet de savoir possible (nous aurons un jour les moyens de savoir si d'autres planètes sont habitées : celui qui est convaincu qu'il y a bien des Martiens émet donc une opinion) ; la foi, en revanche, porte sur des objets indémontrables (je ne pourrai jamais démontrer l'existence de Dieu ou l'immortalité de l'âme). Et pourtant ; même  si aucune preuve de l'existence de Dieu n'est recevable, comme le montre très bien Kant dans le Critique de la raison pure, cette foi n'est pas incompatible, bien au contraire, avec la raison et plus particulièrement l'action morale (pour que le devoir ne soit pas absurde il faut supposer l'existence de Dieu). →  « religion dans les simples limites de la raison » qui n'est pas la religion des prêtres : pas de culte, pas de clergé, ni même de prières, c'est une pure exigence de la raison pratique qui pose que Dieu existe, même si la raison théorique ne pourra jamais le démontrer.

IV.Plus largement toute existence suppose des croyances. Aucune action politique sans idéologie, conviction et idéal. S'engager dans l’existence c’est croire en soi, en une certaine idée de son bonheur, du bien et du mal. S'engager par rapport à des amis, des amours c'est croire en l'autre. Tout cela sans incompatibilité avec la raison mais parce que c'est une exigence de la vie.

Conclusion : comme l'affirme Pascal dans les Pensées : « « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » : cela veut dire que la croyance ne sera jamais réductible à la raison, ni la croyance rationalisable, parce que la croyance dépasse la raison. Il ne faut pas faire de la croyance quelque chose de rationnel ; il ne faut pas non plus la transformer en certitude, parce qu'elle ne parviendra jamais à apporter les preuves de ce qu'elle avance. Le danger alors, ce n'est pas que la croyance dépasse la raison : le danger, c'est qu'elle oublie ce dépassement, et qu'elle se prenne pour un savoir.